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Qu’est-ce que le POEA et comment influence-t-il les écosystèmes forestiers?

Catégorie : L'Environnement et la faune

POEA est l’acronyme de « polyoxyéthylène amine ». Il s’agit d’un surfactant qui est ajouté à certains herbicides à base de glyphosate pour améliorer l’absorption de l’ingrédient actif au travers des couches cireuses et des membranes des plantes. Il est bien connu, grâce à des études en laboratoire, que le POEA peut causer des effets toxiques sur les organismes aquatiques sensibles. Vu ce risque connu, des études plus approfondies ont expressément examiné la toxicité des formulations qui pourraient contenir du POEA ou d’autres types de surfactants. Ces études montrent que, lors des utilisations typiques qu’on en fait dans l’aménagement forestier au Canada, ces produits posent un risque minimal pour les organismes aquatiques, surtout parce que les surfactants comme le POEA sont rapidement sorbés par les sédiments et s’y dégradent rapidement.



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Le glyphosate est un composé hautement hydrosoluble qui a de la difficulté à traverser les surfaces cireuses et les membranes biologiques. Pour que le composé actif soit absorbé par les plantes, on ajoute habituellement des surfactants à la formulation afin de faciliter le transfert à travers ces barrières. Le POEA est un mélange de plusieurs composés dérivés de la graisse animale ayant des propriétés qui ressemblent à celles du savon et qui sont très efficaces pour favoriser la pénétration du glyphosate dans la plante. Malheureusement, les surfactants comme le POEA agissent également sur les membranes des animaux, ce qui crée une relativement plus grande toxicité des produits d’utilisation finale pour les organismes qui ont des membranes exposées ou une peau perméable, comme les poissons et les amphibiens. C’est un fait qu’on reconnaît depuis longtemps et une des raisons pour lesquelles les études écotoxicologiques de plus haut niveau portant sur les pesticides sont effectuées sur des produits d’utilisation finale plutôt que sur le glyphosate seulement. En employant une telle approche, on s’assurer que la toxicité de la formulation, comprenant les effets potentiels du surfactant, est prise en compte dans l’évaluation. De même, les organismes de réglementation tiennent expressément compte dans leurs analyses des risques du devenir et des effets du POEA et des produits d’utilisation finale contenant ces surfactants (p. ex., ARLA 2015). L’agence de réglementation canadienne a constaté que tous les herbicides à base de glyphosate actuellement homologués au Canada contiennent moins de 20 % de POEA en poids et, lorsqu’ils sont utilisés conformément aux instructions sur l’étiquette, ils ne posent pas un risque inacceptable pour la faune, y compris les organismes aquatiques sensibles. La sensibilité relative des plantes aquatiques, des poissons et des amphibiens aux produits contenant des surfactants au POEA est la raison fondamentale pour laquelle l’application directe intentionnelle de ces produits sur des plans d’eau est interdite et que les étangs, les ruisseaux et les lacs font l’objet d’une protection supplémentaire grâce aux zones tampons sans pulvérisation, comme il est indiqué sur le mode d’emploi figurant sur l’étiquette des formulations de glyphosate.

Selon l’ARLA (2015), en général, bien que les formulations de glyphosate contenant du POEA soient plus toxiques pour les organismes d’eau douce que les formulations qui n’en contiennent pas, elles ne présentent pas un risque inacceptable pour l’environnement lorsqu’elles sont utilisées selon le mode d’emploi sur l’étiquette. De multiples études en laboratoire qui remontent au moins aussi loin que 1979 (Folmar et coll. 1979) documentent le fait que le POEA est largement responsable de la toxicité aiguë observée chez les poissons et les amphibiens exposés à des formulations d’herbicide à base de glyphosate contenant ce surfactant (p. ex., Folmar et coll. 1979; Wan et coll. 1989; Howe et coll. 2004; Edginton et coll. 2004; Moore et coll. 2011). Cependant, le degré de toxicité observé dans les études en laboratoire est généralement plus élevé que celui observé dans les études effectuées sur le terrain. L’absence généralisée d’effets observés dans les études sur le terrain est largement attribuable à l’exposition réduite qui découle de la dissipation rapide du glyphosate et du POEA de la colonne d’eau au moyen de la dégradation microbienne et aussi de la forte sorption avec les sédiments (Legris et Couture 1990; Couture et coll. 1995; Goldsborough et Beck 1989; Goldsborough et Brown 1993; Wojtaszek et coll. 2004; Newton et coll. 1994; Edge et coll. 2014; Wang et coll. 2005; Rodriguez 2015). Les résultats des deux dernières études référencées montrent qu’il est peu probable que les organismes aquatiques soient exposés au POEA en phase aqueuse pendant une période dépassant quelques heures et que les sédiments sont un puits principal pour le POEA. Dans les sédiments, les concentrations de POEA diminuent avec le temps suivant un processus biphasique qui est d’abord rapide, puis qui ralentit durant la seconde phase, sans doute en raison de la biodisponibilité limitée pour la dégradation microbienne.

En avril 2015, l’ARLA a publié son plus récent examen du glyphosate et déclaré que le poids de la preuve montre que le glyphosate ne présente pas un risque inacceptable pour la santé humaine. L’examen intégral du glyphosate par l’ARLA se trouve ici, ou veuillez cliquer ici pour une version sommaire de l’examen par l’ARLA.