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Que se passerait-il si on cessait d’utiliser les herbicides?

Catégorie : Gestion de la végétation

Sans l’utilisation d’herbicides, il deviendrait de plus en plus difficile d’avoir les forêts de résineux qui alimentent nos usines et de maintenir la grande diversité du paysage formé de forêts conifériennes, feuillues et mixtes. Une telle situation nuirait à la viabilité et à la compétitivité de notre industrie forestière.


Exemple de régénération naturelle – une souche de pin blanc, restant d’un peuplement de résineux exploité il y a des années, se tient seule dans un peuplement de feuillus; la concurrence des feuillus a étouffé toute régénération d’épinette ou de pin après la récolte. La valeur économique de ce peuplement de feuillus est beaucoup moindre que la valeur économique du peuplement de résineux qui s’y trouvait auparavant. (Photo: Doug Pitt).


Comme les herbicides jouent un rôle central dans la gestion intégrée de la végétation et la régénération des conifères sur des terrains précédemment dominés par les conifères, en restreignant ou en discontinuant l’utilisation des herbicides, il serait tout simplement impossible de réussir à établir des conifères par des moyens abordables sur de nombreux terrains, et les aménagistes forestiers auraient de la difficulté à atteindre les cibles de durabilité et à respecter les exigences juridiques. En fin de compte, on en viendrait à observer des déficits croissants dans la proportion naturelle de peuplements dominés par les conifères dans le paysage, déficits qui existent déjà dans de nombreux endroits en Amérique du Nord. La diminution des conifères en tant que ressource aurait des répercussions économiques graves en réduisant l’approvisionnement durable en bois, en plus d’avoir des répercussions écologiques découlant de la perte d’habitat.

Par exemple, un audit détaillé récemment effectué sur des sites de régénération en Nouvelle-Écosse où la décision avait été prise de ne pas utiliser d’herbicides fournit des données probantes de qualité sur les résultats probables. Dans ce cas-ci, les résultats montrent que 87 % des plantations de conifères a échoué, et 10 % n’avaient pas atteint les normes de croissance libre de six à huit ans après la récolte (Nicholson 2007). Des résultats similaires ont été observés dans des essais menés dans d’autres écosystèmes forestiers (Biring et coll. 2003, Dampier et coll. 2006). Une décision prise en 2001 de discontinuer l’application d’herbicides sur les terres publiques au Québec a donné lieu à des coûts qui dépassent souvent 5 000 $/ha (Labbé et coll. 2014) pour l’établissement d’une plantation et les soins sylvicoles, puisqu’il faut produire et mettre sur pied de grands plants et effectuer trois dégagements manuels à la débroussailleuse. On ne connaît pas actuellement le succès que ces plantations connaîtront, et il n’existe pas de statistiques concernant les répercussions de la limitation des herbicides sur l’approvisionnement en bois de conifères au Québec. Récemment, le forestier en chef de la province a déclaré qu’il était crucial d’exercer une surveillance appropriée des zones plantées (Bureau du forestier en chef, 2015).

Planter des conifères peut coûter au propriétaire du terrain plus de 1 000 $ par hectare, une fois pris en compte les coûts de la préparation mécanique du terrain, de la production des semis et de la plantation. Pour protéger son investissement, le propriétaire peut dépenser environ 200 $/ha pour une seule application aérienne de glyphosate, ou entre 1 000 $ et 4 000 $/ha pour un ou plusieurs dégagements manuels à la débroussailleuse. Étant donné les leçons qui se dégagent des expériences réalisées ailleurs, il est très difficile de justifier les coûts plus élevés des soins sylvicoles, surtout si le succès est variable et incertain. Des prévisions récentes sur l’approvisionnement en bois établies par le personnel du ministère des Ressources naturelles du Nouveau-Brunswick indiquent que, si l’on cessait de planter des conifères à la suite de la décision de ne plus utiliser d’herbicides, l’approvisionnement en bois à long terme total (20 ans et plus) chuterait de près de 20 % (23 % pour les résineux et 5 % pour les feuillus), ce qui pourrait entraîner jusqu’à 730 pertes d’emplois directs. Si des restrictions budgétaires empêchaient la réalisation du débroussaillage nécessaire pour éclaircir et entretenir la régénération naturelle, la récolte future totale disponible pourrait chuter de près de 60 % (66 % pour les résineux et 33 % pour les feuillus), entraînant jusqu’à 2 400 pertes d’emplois directs. Un aspect important à souligner est le fait que les répercussions de telles décisions ne se font ressentir clairement que de nombreuses années plus tard.

Biring, B.S., P.G. Comeau, P. Fielder. Long-term effects of vegetation control treatments for release of Engelmann spruce from a mixed-shrub community in Southern British Columbia. Annals of Forest Science vol. 60, no 7 (2003), p. 681-690.

Bureau du forestier en chef. Succès des plantations. Avis du Forestier en chef. FEC-AVIS-04-2015, Roberval, Québec, 22 p. + annexes, 2015.

Dampier, J.E.E., F.W. Bell, M. St-Armour, D.G. Pitt, N. Luckai. Cutting versus herbicides: Tenth-year volume and release cost-effectiveness of sub-boreal conifer plantations. Forestry Chronicle, vol. 82, no 4 (2006), p. 521-528.

Labbé, F., M. Lainesse, F-R Nadeau., G. Prégent, A. Savary. Analyse de rentabilité économique des plantations d’épinette noire et blanche et de pin gris. Bureau de mise en marché des bois, Québec (Québec), 2014. Dans Internet : https://www.bmmb.gouv.qc.ca/analyses-economiques/

Nicholson, J. Survey of plantations established between 1998-2000 (6-8 years of age) on eastern Crown land without herbicides. Ministère des Ressources naturelles de la Nouvelle-Écosse, Planification de l’aménagement forestier. Forest Research Report 83, 2007, 27 p.