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Ne sommes-nous pas en train de détruire les feuilles et les brindilles (broutage) que mangent les orignaux et les chevreuils?

Catégorie : L'Environnement et la faune

Une partie important du brout s'épuise dans les zones qui ont été soumises à une gestion de la végétation. Cela comprend les zones qui sont traitées avec des herbicides à base de glyphosate ainsi que celles qui sont éclaircies manuellement. Les chevreuils continuent cependant de brouter la végétation non ligneuse dans les zones traitées, alors que les orignaux vont dans d'autres zones jusqu'à ce que leur nourriture préférée ait le temps de se régénérer.

Aussi bien les chevreuils que les orignaux consomment de grandes quantités de nourriture non ligneuse durant la saison de croissance, y compris du feuillage, des pousses et des brindilles d’arbres et d’arbustes à feuilles caduques (p. ex., érable, cerisier de Pennsylvanie, bouleau, cornouiller). Ces sources de nourriture constituent ce qu’on appelle souvent la « végétation ligneuse à brouter ». Ces mêmes espèces sont souvent la cible des traitements de dégagement des conifères, et leur biomasse est souvent réduite de 50 à 70 % par les traitements efficaces de dégagement de conifères. Cependant, les espèces herbacées contribuent de façon importante à la diète des chevreuils et sont mangées par les orignaux, et il est courant de voir ces plantes rester ou repousser rapidement dans les zones traitées. Les orignaux, qui préfèrent la végétation ligneuse, réduisent leur utilisation des zones traitées pendant cinq à sept ans après le traitement. Mais cela est important seulement à court terme et seulement si le paysage est dominé par de jeunes peuplements dégagés. Lorsque le paysage n’est pas dominé par de jeunes peuplements dégagés, ces animaux trouvent et utilisent tout simplement un meilleur habitat ailleurs sur leur territoire.

Les grands mammifères se déplacent sur de vastes étendues de paysages forestiers, et donc les effets potentiels doivent être envisagés en rapport avec la mosaïque dynamique des conditions forestières qui existent dans ce paysage (Lautenschlager et Sullivan 2002). Sur une base annuelle, partant de la moyenne nationale, moins d’un tiers des zones récoltées sont traitées aux herbicides à base de glyphosate. Il ne fait aucun doute que l’abondance des espèces ligneuses à feuilles caduques propices au broutage subira au moins une réduction temporaire dans les zones traitées. Mais, comme bon nombre de ces espèces végétales se régénèrent à partir de semences dans la banque de semences du sol, l’effet sur la réduction de la végétation propice au broutage, même sur les sites traités, sera passager, comme le démontrent les études mentionnées. De plus, généralement, des quantités copieuses de végétation propice au broutage poussent sur les deux tiers de terres récoltées qui ne sont pas traitées aux herbicides.

Une préoccupation particulière est que la végétation que broutent les chevreuils soit réduite durant l’hiver si le territoire où ils se nourrissent est limité par la profondeur de la neige. La possibilité que de tels effets se produisent dépend à la fois de la proportion des lieux d’alimentation à proximité des ravages de chevreuils qui est traitée avec des herbicides à base de glyphosate et de la réduction réelle des espèces hivernales que les chevreuils ont l’habitude de brouter l’hiver dans ces zones. Au Nouveau-Brunswick par exemple, dans l’ensemble du paysage, on laisse une bonne partie (l’estimation moyenne à long terme sur les terres de la Couronne est de 66 %) de la zone déboisée se régénérer sans l’aide d’un traitement au glyphosate. En supposant que cela soit également vrai dans les zones déboisées à proximité des ravages de chevreuils, on pourrait penser que 66 % du terrain ouvert sur lequel les chevreuils pourraient brouter en hiver ne sera pas touché par le traitement herbicide à base de glyphosate. Les effets potentiels seraient encore plus réduits puisque :

La gestion de l’habitat des chevreuils sur les terres de la Couronne du Nouveau-Brunswick est axée sur l’identification de leurs aires d’hivernage, aussi appelées ravages, et le maintien d’un habitat hivernal propice dans ces régions. Des restrictions s’appliquent notamment sur la récole, qui doit être partielle et limitée à une seule coupe. Dans de tels régimes de récolte, on n’utilise pas de traitements herbicides, et donc les aires d’hivernage ne subissent aucun traitement herbicide.

Quand les conditions hivernales deviennent plus rudes et que la couche de neige est plus abondante, les chevreuils ont tendance à rester plus près des peuplements de conifères matures ou de peuplements mixtes dominés par les conifères, qui interceptent la neige et facilitent donc les déplacements localisés (Morrison et coll. 2003; Sabine et coll. 2001). Alors qu’on sait que les chevreuils broutent une grande variété d’espèces en hiver (Morrison et coll. 2002), en particulier l’érable rouge et l’érable de Pennsylvanie, si les déplacements sont restreints, le cèdre et le sapin baumier deviennent d’importantes sources de nourriture (Morrison et coll. 2002; Telfer 1972; Mautz et coll. 1976; Gray et Servello 1975; Ditchkoff et Servello 1998), et les traitements herbicides à base de glyphosate n’ont aucune incidence sur l’une ou l’autre de ces essences (p. ex., Gagné et coll. 1999).

Comme le font remarquer Morrison et coll. (2002), en identifiant les espèces broutées par les chevreuils et en comprenant leurs associations avec les types de peuplements, les aménagistes forestiers sont mieux en mesure de satisfaire au double objectif d’assurer une couverture suffisante dominée par les conifères et un approvisionnement adéquat d’espèces à brouter pour soutenir les chevreuils tout au long de l’hiver. Dans un tel contexte, même s’il est très peu probable que l’utilisation d’herbicides à base de glyphosate soit un facteur important dans la disponibilité des espèces hivernales broutées par les chevreuils, une analyse géographique détaillée de la proportion de lieux d’alimentation des chevreuils qui reçoivent des traitements herbicides à base de glyphosate fournirait de l’information utile pour améliorer notre compréhension de cet aspect en particulier. Une évaluation plus large de la viabilité des populations de chevreuils doit prendre en considération un certain nombre d’autres facteurs pouvant avoir une influence, par exemple la prédation naturelle (p. ex., coyotes, ours et loups), la prédation facilitée par l’utilisation de chemins et de sentiers par les prédateurs, la chasse et le braconnage, la maladie et les effets délétères de l’alimentation artificielle.

Lautenschlager, R.A. et T.P. Sullivan. Effects of herbicide treatments on biotic components in regenerating northern forests. For. Chron. 2002; 78: 1–37.

Gagné N., L. Bélanger, J. Hout. Comparative response of small mammals, vegetation and food sources to natural regeneration and conifer release in boreal balsam fir stands of Quebec. Can. J. For. Res. 1999; 29:1128-1140

Base de données nationale sur les forêts. Sections sur l’utilisation de produits antiparasitaires et la sylviculture. Consulté à l’été 2015. Dans Internet : http://nfdp.ccfm.org/index_f.php

Morrison S.F., G.J. Forbes, S.J. Young. Browse occurrence, biomass and use by white-tailed deer in a northern New Brunswick deer yard. 2002. Can. J. Forest. Res. 2002; 32:1518-1524

Morrison S.F., G.J. Forbes, S.J. Young, S. Lusk. Within-yard habitat use by white-tailed deer at varying winter severity. Forest Ecolgy and Management. 2003; 172:173-182.

Telfer, E.S. Forage yield and browse utilization on logged areas in New Brunswick. Can J. Forest Res. 1972; 2: 346-350.

Sabine D.L., W.B. Ballard, G. Forbes, J. Bowman, H. Whitlaw. Use of mixedwood stands by wintering white-tailed deer in southern New Brunswick. For. Chron. 2001; 77:-97-103.

Mautz W.W., H. Silver, J.B. Holter, H.H. Hayes, W.E. Urban Jr. Digestibility and related nutritional data for severn northern deer browse species. The Journal of Wildlife Management 1976; 40:630-638.

Ditchkoff S.S., F.A. Servello. Litterfall: An overlooked food source for wintering white-tailed deer. The Journal of Wildlife Management 1998; 62: 250-255.

Gray P.B., F.A. Servello. Energy intake relationships for white-tailed deer on winter browse diets. The Journal of Wildlife Management 1995; 50:147-152.