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Les herbicides à base de glyphosate ont-ils des effets néfastes sur les organismes aquatiques?

Catégorie : L'Environnement et la faune

Dans les utilisations typiques par le secteur forestier, le risque pour la plupart des organismes aquatiques, y compris les plantes aquatiques, est fortement atténué par les zones tampons protectrices qui sont conçues de façon à minimiser les niveaux d’exposition potentiels dans ces compartiments environnementaux sensibles. Les analyses de risque montrent que les plantes aquatiques et les algues sont relativement plus sensibles aux herbicides contenant du glyphosate que les animaux aquatiques. Parmi les animaux aquatiques, les poissons et les larves d’amphibiens (têtards) sont particulièrement sensibles aux produits contenant du POEA (un surfactant utilisé dans certains herbicides à base de glyphosate). Le potentiel de risque est le plus élevé pour les amphibiens des petits milieux humides peu profonds. Toutefois, plusieurs études sur le terrain qui examinent les effets du glyphosate et du POEA ne montrent aucun effet important sur les amphibiens à des niveaux d’exposition et dans des conditions ambiantes réalistes.




Certaines espèces d’algues et de plantes aquatiques sont aussi très sensibles aux herbicides à base de glyphosate. Les petits milieux humides peu profonds qui ne sont pas cartographiés ou facilement visibles des airs présentent un cas particulier où le risque potentiel est plus élevé, surtout pour les amphibiens qui fréquentent ces habitats. Bien que des études en laboratoire démontrent clairement que les poissons et les larves d’amphibiens (p. ex., les têtards) sont plutôt sensibles aux formulations de glyphosate contenant un surfactant POEA, plusieurs études sur le terrain ne montrent aucun effet important dans des scénarios d’exposition réalistes. Les résultats des études sur le terrain appuient les conclusions présentées par plusieurs examens indépendants, à savoir que les herbicides à base de glyphosate ne posent pas de risque important pour les organismes aquatiques lorsqu’ils sont utilisés conformément à l’étiquette du produit et selon des scénarios typiques en gestion de la végétation forestière au Canada.

Un nombre considérable d’études ont porté sur les effets potentiels des herbicides à base de glyphosate sur les organismes aquatiques, dont le zooplancton, les poissons et les amphibiens, et ces études ont été examinées par plusieurs auteurs (Giesy et al 2000, Solomon et Thompson 2003, Durkin et coll. 2003; Tatum 2004), qui ont tous conclu qu’il est peu probable qu’il y ait des effets toxiques aigus sur les organismes aquatiques. On sait que les poissons et les larves d’amphibiens (têtards) sont très sensibles aux formulations d’herbicides à base de glyphosate, en particulier celles qui contiennent le surfactant POEA, lorsqu’ils y sont exposés en laboratoire (p. ex., Folmar et coll. 1979; Wan et coll. 1989; Howe et coll. 2004; Edginton et coll. 2004). Dans le cadre d’une enquête à l’échelle des bassins versants sur les effets d’un herbicide à base de glyphosate appliqué sur une forêt côtière dans l’ouest du Canada (Holtby and Bailey 1989), on a observé des effets de stress temporaires et un faible taux de mortalité (2,6 %) sur les alevins de saumon coho maintenus en cage dans un affluent pulvérisé dans un but expérimental et le ruisseau principal sous la zone pulvérisée. On n’a toutefois pas observé de mortalité aiguë ni de changements dans la mortalité hivernale, le rythme de croissance ou la probabilité que les alevins résidents utilisent l’affluent. De même, plusieurs études subséquentes confirment la sensibilité générale des larves d’amphibiens exposées à ces produits herbicides dans des essais en laboratoire ou en mésocosme (p. ex., Chen et coll. 2004; Relyea et coll. 2005; Williams et Semlitsch 2009). Les concentrations les plus faibles relevées donnant lieu à une toxicité chez 50 % des larves d’amphibiens après une exposition de 96 heures dans de telles conditions se situaient autour de 0,8 mg EA/L (Edginton 2004, Relyea et Jones 2009). Par coïncidence, on considère également que cette valeur de 0,8 mg EA/L est le seuil en deçà duquel tous les organismes aquatiques seraient protégés, peu importe la période de l’exposition (CCME 2012). La sensibilité démontrée des larves d’amphibiens et la possibilité de pulvérisation hors cible directe ou de dérive dans de petits milieux humides éphémères soulèvent des questions légitimes quant au risque potentiel pour les amphibiens lors d’utilisations typiques en foresterie (Thompson et coll. 2004; Govindarajulu 2008). Pour explorer cette question directement, un vaste programme hiérarchique de recherche a été mené, y compris des essais de toxicité en laboratoire standards, des études en laboratoire en mésocosme, des études en mésocosme in situ dans des milieux humides naturels et une surveillance opérationnelle. Selon des études de surveillance opérationnelle sur des programmes de pulvérisation aérienne typiques en Ontario (Thompson et coll. 2004), la concentration maximale attendue dans ces milieux humides serait de moins de 0,55 mg/L (ppm) 99 fois sur 100 (c.-à-d. sous le seuil en deçà duquel la concentration n’a pas d’effets aigus importants). Aucune différence significative n’a été observée entre les taux de mortalité de deux espèces d’amphibiens différentes qui avaient subi des expositions diverses dans des milieux humides qui pouvaient être adjacents, directement pulvérisés ou protégés par des zones tampons. Plusieurs autres études sur le terrain n’ont confirmé aucun effet aigu des formulations d’herbicides à base de glyphosate sur la survie, la croissance ou même le développement des larves d’amphibiens à des niveaux qui sont considérés comme le pire des scénarios dans les petits milieux humides (Wojtaszek et coll. 2004; Edge et coll. 2014; Edge et coll. 2012). De même, des études in situ faites en enclos dans des milieux humides naturalisés n’ont montré aucun effet important sur les jeunes grenouilles directement exposées à une formulation d’herbicide à base de glyphosate, même après une exposition directe aux taux maximums indiqués sur l’étiquette du produit (Edge et coll. 2011; Edge et coll. 2013). Les différences entre les résultats obtenus en laboratoire et sur le terrain s’expliquent généralement par la sorption avec les sédiments et le processus de dégradation qui sont actifs dans les écosystèmes humides peu profonds naturels, ce qui limite l’ampleur et la durée de l’exposition au glyphosate et au surfactant POEA (Wojtasek et coll. 2004; Edge et coll. 2012; Wang et coll. 2005; Rodriguez Gil 2015, communication personnelle), comparativement aux études en laboratoire, où ces facteurs ne sont pas inclus ou sont minimisés dans les protocoles d’essai normalisés. Dans l’ensemble, les résultats de ces études sur le terrain confirment que l’utilisation d’herbicides à base de glyphosate conformément au mode d’emploi du produit et selon les utilisations typiques en gestion de la végétation forestière au Canada ne pose pas de risque important pour les amphibiens ou d’autres organismes aquatiques.